La cérémonie du Thé ou Ataya

Au Sénégal, l’Ataya c’est la cérémonie du thé.
C’est un des éléments clé de cette fameuse Téranga
(cette hospitalité si chère au cœur des sénégalais).

L’Ataya est donc avant tout un prétexte
(un peu comme l’apéro chez nous mais sans alcool au Sénégal)
pour se réunir et discuter, passer du temps ensemble et palabrer.
C’est aussi le moment pour nouer de nouveau contact, faire des rencontres.
C’est un moment de grande convivialité.


L’Ataya est ainsi pour certain sénégalais,
un des moments les plus important de la journée.

Chaque jour, en milieu d’après-midi jusqu’à tard le soir
se réunissent des groupes de jeunes hommes,
parfois rejoints par des femmes pour prendre l’Ataya.
Rassemblés autour d’une petite théière en émail ou en fer,
d’un petit foyer au charbon ou d’un petit réchaud au gaz,
les convives vont se partager des petits verres de thé.

Habituellement tous ceux qui sont présents au début de la réunion
et qui peuvent le faire participent financièrement à l’achat des différents ingrédients:
le thé vert (warga), le sucre (soucar), la menthe (nana) et le charbon du fourneau (Kerin).

L’ensemble ayant un cout relativement réduit,
l’Ataya constitue une « activité » peu onéreuse
d’autant plus que la majorité du temps, tout le monde participe.

Sa préparation et sa dégustation,
toujours accompagnées de longues discussions,
font l’un des charmes de ce pays.

Cet Ataya peut durer une éternité d’où son nom de « cérémonie ».
C’est d’ailleurs la première règle de ce rituel :
la préparation de  l’Ataya ne doit jamais être précipitée.
Un thé à la menthe doit être préparé lentement si l’on veut qu’il soit bon.

Le préposé au thé (le plus souvent un jeune homme)
laisse d’abord infuser les feuilles de menthe
(des gommes de menthe ou parfois même des feuilles de basilic (Ngoun ngoun)
peuvent être utilisées si la menthe n’est pas disponible)
dans un peu d’eau et beaucoup de sucre.

Il incorpore ensuite le thé et veille constamment
à retirer la théière du feu dès que l’eau commence à frémir :
Le thé doit bouillir mais ne jamais déborder !

Il mélange ensuite la décoction en la versant dans les verres
et en élevant la théière du bas vers le haut sans jamais renverser le thé à côté.
Le but est d’obtenir à la fois une belle mousse et un léger refroidissement du thé.
Il peu à ce moment reverser tout le thé dans la théière et recommencer l’opération.

Il faut donc savoir prendre le temps de s’asseoir
sous l’arbre à palabres ou dans la cour de la concession
pour y passer une après-midi paisible.

Ce thé à la menthe, véritable cérémonie donc, se boit en trois fois.
La première infusion sera prête au bout d’une bonne demi-heure et sera forte et amère :
elle est réservée traditionnellement aux hommes de la maison.

On a coutume de dire que
le premier (l’Eweul) est « amer comme la mort »,
le deuxième (Niarel) est « doux comme la vie »
et le troisième (Tarhis) est « sucré comme l’amour ».

Sachez donc qu’accepter l’ataya,
ce n’est pas boire un verre de thé vite fait sur le pouce
mais c’est prendre le temps de se poser, de discuter  le temps de 3 tournées.

Ceci dit, il n’est pas non plus question de siroter tranquillement votre verre de thé.
Il n’y a généralement que 3 verres à disposition donc les autres attendront
que vous ayez terminé le vôtre pour que le préparateur de thé puisse leur servir le leur.

D’ailleurs, on entend souvent les sénégalais aspirer bruyamment leur thé :
De cette manière ils refroidissent rapidement le thé entre leurs lèvres
et peuvent le boire plus vite.
C’est un signe de respect envers les autres :
on se dépêche de boire son thé
pour que les autres puissent déguster le leurs plus rapidement.
Le préposé au thé attend en effet votre verre
pour le rincer, le remplir à nouveau et le servir à un autre.

Au Sénégal, la majorité aime l’Ataya
mais tous ne se réuniront pas forcément autour du préparateur de thé.
Les vieux, les maîtres et maitresses de maison vaqueront à leurs occupations
et attendront qu’un jeune leur apporte leur verre de thé.
Les gosses eux, n’ont pas droit de boire de thé.

Cette boisson est à la fois très forte et très sucrée mais surtout très chaude
et il y a une raison à cela.
Cet Ataya est une décoction qui nous vient des Touaregs du désert.
Le thé à la menthe est en fait, un moyen de lutter contre la chaleur.

Boire chaud quand  il fait chaud a en effet deux avantages:
Cela permet d’éviter au corps d’avoir à fournir un effort
pour réchauffer un liquide consommé trop froid par rapport à la température du corps.
Ce qui aurait comme conséquence d’augmenter encore la température de ce corps.
Cela permet également et surtout, de provoquer la transpiration
qui va permettre une évacuation de la chaleur.

Si un jour au Sénégal vous avez trop chaud,
prenez donc un thé à la menthe cela vous apaisera …


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  1. Gueye
    3 années ago

    C’est bien détaillé pat , en fait chez nous le thé ou ataya est souvent préparé aprés le déjeuner certains le considére même comme un dessert  » moins couteux  » . Parfois aussi sous l’arbre et à n’importe quel moment les jeunes désespérés à force de rechercher du boulot se retrouvent quelque part pour boire du thé parfois même ces jeunes ont du mal à réunir la somme qu’il faut. Mais comme ils ont les mêmes préoccupations , les mêmes besoins chaqu’un se doit de mettre la main à la  » poche » pour acheter ce qu’il faut , solidarité oblige . J’ai connu une bande de copain à rufisque , ce groupe s’appelait 225 c’était à cette époque le montant qu’il fallait pour préparer le temps . Ils étaient ensemble au même endroit et étaient même prêt à faire de petite corvées de gauche à droite juste pour avoir de quoi payer le thé! Rien que pour ça !


  2. Patrice
    3 années ago

    Super Fatou ! L’ataya est donc très représentatif de cette solidarité qui existe au Sénégal … Chacun met la main à la poche pour réunir les différents ingrédients nécessaires à la préparation de l’ataya. 225 Fcfa il ya quelques années mais combien il faut de khalis aujourd’hui pour un bon ataya??

    PS : pour ceux qui ne parlent pas wolof, vous l’aurez deviné les khalis c’est l’argent !


  3. Gueye
    3 années ago

    Aujourd’hui pour faire du ataya il faut 300 francs, pas trop cher non?


  4. Patrice
    3 années ago

    Ça va ça va ! C’est encore accessible

Patrice Le Bellec

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